En bref
- Le réglage ne remplace pas le tri. Désactiver l'entraînement ne change rien au fait qu'un document identifiable sort de votre structure.
- Le RGPD s'applique à ce que vous collez, quelle que soit l'IA : seules les données nécessaires peuvent partir.
- Retirez les identifiants directs et les recoupements (fonction rare, date précise, lieu), gardez ce dont l'IA a besoin pour répondre.
- Relisez avant d'envoyer : un outil automatique réduit le travail, il ne dispense pas de vérifier.
Ce que devient un texte collé dans ChatGPT
La réponse dépend moins de ChatGPT que de l'offre utilisée. OpenAI distingue ses services pour particuliers de ses offres pour les entreprises, et ne leur applique pas la même règle. Pour les premiers, sa politique publiée est la suivante.
When you use our services for individuals such as ChatGPT, Sora, or Operator, we may use your content to train our models.
Autrement dit : sur ChatGPT pour particuliers, vos conversations peuvent servir à entraîner les modèles. Le réglage se désactive dans les paramètres (rubrique Data Controls, option « Improve the model for everyone »). Les conversations temporaires ne servent pas à l'entraînement et sont supprimées des systèmes d'OpenAI après 30 jours, selon sa foire aux questions.
By default, we do not train on any inputs or outputs from our products for business users, including ChatGPT Team, ChatGPT Enterprise, and the API.
| Offre | Entraînement sur vos contenus | Conservation indiquée par OpenAI |
|---|---|---|
| ChatGPT pour particuliers | Possible par défaut, désactivable dans les réglages | Conversation temporaire supprimée après 30 jours |
| ChatGPT Business, Enterprise, Edu | Non, par défaut | Durée réglée par l’administrateur ; conversations supprimées retirées sous 30 jours |
| API OpenAI | Non, par défaut | Entrées et sorties conservées jusqu’à 30 jours pour fournir le service et détecter les abus, sauf régime particulier |
Ce que le réglage ne règle pas
Qu'OpenAI entraîne ou non ses modèles, le document a quitté votre structure et se trouve chez un tiers, pour une durée qui dépend de l'offre. Pour une information couverte par un secret professionnel, la question n'est pas seulement l'entraînement : c'est la transmission elle-même.
Ce que disent le RGPD et la CNIL
Le RGPD s'applique aux données collées dans une IA comme à n'importe quel envoi. Son article 5 impose que les données soient « adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est nécessaire au regard des finalités pour lesquelles elles sont traitées ». Si la question posée à l'IA porte sur une clause, un calcul ou une chronologie, le nom des personnes n'est pas nécessaire.
Le règlement européen sur l'intelligence artificielle ne change rien à ce point. Son article 2 précise qu'il « n'a pas d'incidence sur le règlement (UE) 2016/679 » : les données personnelles transmises à une IA restent régies par le RGPD.
Dans ses questions-réponses du 18 juillet 2024 sur l’IA générative, la CNIL formule la consigne à destination des utilisateurs finaux.
Ne jamais partager d’informations confidentielles telles que des données personnelles, des données de l’entreprise ou de l’administration (en particulier lorsqu’elles sont couvertes par un secret comme le secret des affaires ou des obligations de déontologie).
La CNIL nuance ensuite selon le mode de déploiement. Quand le système est fourni à distance par un tiers, elle relève que « la maîtrise du système est alors quasi exclusivement dans les mains du fournisseur » et invite à être particulièrement vigilant, « en évitant autant que possible la saisie de données personnelles ». À l'inverse, elle écrit que de telles interdictions « ne seront pas nécessaires dans le cas d’un déploiement sur site (on premise) où aucune réutilisation des données par le fournisseur n’est possible ».
La recommandation dépend donc du fournisseur et de ce qu'il peut faire des données. Ce n'est pas une interdiction générale d'utiliser une IA ; c'est une consigne qui place le tri des données du côté de l'utilisateur.
Que retirer, que garder
Retirer trop rend la réponse de l'IA inutile ; retirer trop peu expose les personnes. La règle pratique tient en une phrase : enlever ce qui désigne quelqu'un, garder ce qui porte le raisonnement.
| Retirer | Remplacer par | Garder |
|---|---|---|
| Noms et prénoms, raisons sociales | Un repère stable : [NOM_1], [ENTREPRISE_1] | Le rôle de chacun : salarié, bailleur, fournisseur |
| Adresses, e-mails, téléphones | [ADRESSE_1], [EMAIL_1], [TEL_1] | La juridiction ou la région, si le raisonnement en dépend |
| IBAN, SIRET, numéro de sécurité sociale | [IBAN_1], [SIRET_1], [NSS_1] | Les montants, taux et échéances |
| Date de naissance | [DATE_NAISSANCE_1] | L’âge ou la tranche d’âge, si la question l’exige |
| Détails rares qui permettent de recouper | Une formulation plus générale | La chronologie et les faits utiles |
Le dernier point est le plus souvent oublié. Un document sans nom peut rester identifiable : « la directrice financière d'une PME de Laval, licenciée le 3 mars » désigne une personne presque aussi sûrement qu'un nom. Ces quasi-identifiants ne se repèrent pas mécaniquement ; ils se trouvent en relisant, avec une question simple : quelqu'un qui connaît le dossier reconnaîtrait-il la personne ?
Remplacer plutôt qu'effacer a un intérêt pratique. L'IA peut suivre qui fait quoi dans le document, puisque [NOM_1] reste [NOM_1] d'un bout à l'autre, et vous pouvez remettre les vrais noms dans la réponse une fois celle-ci sortie de l'outil.
Anonyme ou pseudonymisé ?
Un document dont les noms sont remplacés par des repères reste souvent une donnée pseudonymisée au sens du RGPD, donc une donnée personnelle, dès lors que quelqu'un peut retrouver la personne. Le guide anonymisation ou pseudonymisation détaille la différence.
Quatre façons de s'y prendre
| Approche | Avantages | Limites |
|---|---|---|
| Caviarder à la main | Aucun outil, aucun intermédiaire supplémentaire | Long et faillible : un IBAN oublié en page 4 suffit. Un rectangle noir posé sur un PDF laisse souvent le texte sélectionnable en dessous. |
| Outil installé sur votre poste | Le document ne quitte pas votre machine avant l’envoi à l’IA | Installation, mises à jour, qualité de détection variable selon l’outil |
| Outil en ligne sans conservation | Détection automatique, rien à installer | Le document transite par un serveur tiers : vérifiez où, combien de temps, et sous quel contrat |
| Offre professionnelle du fournisseur d’IA | Pas d’entraînement par défaut, contrat d’entreprise | Le document part tel quel chez le fournisseur ; le tri reste à faire pour les données non nécessaires |
BlinDoc appartient à la troisième catégorie, et il faut le dire clairement : le document est traité sur un serveur, pas sur votre poste. Il n'est pas écrit sur disque, vit en mémoire vive et en est effacé au plus tard une heure après le dépôt ; l'analyse passe par l'API de Mistral AI configurée sans conservation des données. Le détail est sur la page sécurité, et les mesures de détection sur la page méthode et mesures.
Aucune de ces approches ne dispense de relire. Un outil automatique trouve vite ce qui a une forme reconnaissable ; il peut manquer un nom inhabituel ou retirer à tort le nom d'un organisme public. C'est pourquoi, chez BlinDoc, rien n'est exporté sans que vous ayez validé chaque détection.
Avant de coller un document dans une IA
- La question : de quelles informations l'IA a-t-elle réellement besoin pour répondre ?
- L'offre : l'entraînement est-il désactivé, et combien de temps les échanges sont-ils conservés ?
- Le secret : le document est-il couvert par un secret professionnel ou le secret des affaires ? Si oui, rien d'identifiable ne part.
- Les identifiants directs : noms, coordonnées, numéros et dates de naissance remplacés par des repères.
- Les recoupements : fonction rare, date précise, lieu ou montant singulier reformulés.
- Le fichier lui-même : son nom (« contrat_Dupont.pdf ») et ses propriétés peuvent désigner le client.
- La relecture : une dernière lecture du texte exact qui sera envoyé.
Ce tri prend quelques minutes sur un document court. Sur un dossier de trente pages ou un lot de bulletins, c'est là qu'un outil de détection fait gagner du temps, à condition de garder la validation finale entre vos mains.
Sources
- OpenAI, « How your data is used to improve model performance » (mise à jour du 13 mars 2026)
- OpenAI, « Enterprise privacy at OpenAI »
- OpenAI, centre d’aide, « Data Controls FAQ »
- CNIL, « Les questions-réponses de la CNIL sur l’utilisation d’un système d’IA générative » (18 juillet 2024)
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), article 5, EUR-Lex
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle, article 2, EUR-Lex